Le vendredi 12 juin, nous avons pu participer à une matinée organisée par le Collectif Alerte Centre-Val de Loire, dont le titre résonnait fortement pour le Réseau.
Une matinée rythmée par des interventions inspirantes.
Le premier temps de cette matinée était la conférence de Karine Jacquemart, Présidente de Foodwatch France, sous l’angle des « dangers de l’alimentation, dérives et conséquences du système agroalimentaire sur nos vies ».
Aucun doute sur son combat pour lequel elle met tout de suite les pieds dans le plat, avec une contagion à la résistance collective : le droit à une alimentation saine, choisie et durable.
« Une alimentation de qualité doit être accessible à toutes et tous, c’est une question de santé publique. Une question donc politique et démocratique », rappelle-t-elle.
Pendant plus d’une heure, elle pose le constat et invite à résister.
Le système agroalimentaire actuel produits des injustices massives. Un système agroalimentaire dominé par quelques grandes firmes et lobbies, responsable de la malbouffe, de risques sanitaires et environnementaux, de précarité alimentaire et d’une rémunération injuste des agriculteurs.trices.
Elle tord le cou aux fausses idées et aux croyances insufflées et poussées par l’ agro-industrie et ses lobbies depuis si longtemps, qui bafouent l’intérêt général et qui font tant de mal. Le constat de la consommation exponentielle de produits ultra-transformés est accablant : depuis 3 ans par exemple, on constate une augmentation de +160% des diabétiques en France.
Et évidemment ce sont ceux qui sont le plus touchés par la précarité, qui sont aussi le plus touchés par ces maladies liées à l’alimentation ultra-transformée. La double peine.
Elle décortique et montre que ce système néolibéral est écocidaire (pesticides et destruction du vivant) et socialement injuste, tout en prétendant répondre à la « souveraineté alimentaire ».
En France aujourd’hui, au moins 10 millions de personnes sont confrontées à la précarité alimentaire.
Non ce n’est pas une fatalité ! Mais bien une question de choix politique, de production, de distribution. Le système de l’agriculture intensive nous est imposé (On nous rabâche très souvent « There is no alternative ») par une minorité qui ne défend pas l’intérêt général mais leurs intérêts individuels (Cf M. Rousseau, Président de la Fnsea).
Et oui bien sûr, on peut nourrir la planète avec l’agro-écologie !
Il y a 2 mensonges qui sont tout le temps utilisés sur la souveraineté alimentaire :
- Souveraineté alimentaire = autonomie alimentaire : NON ! Car c’est bien le choix des peuples à décider du choix de production qui est manquant dans cette interprétation. C’est ce que nous, nous appelons la démocratie alimentaire !
- Aller vers l’agriculture intensive avec des engrais, pesticides qui polluent les sols : où est l’autonomie quand on est dépendants des engrais importés ?
Elle rassure car il y a bien sûr des leviers, à différentes échelles :
- A l’échelle des territoires et aux échelles locales : la preuve par l’action et toutes les dynamiques en cours qu’il faut bien sûr renforcer, essaimer et faire converger. C’est un vrai levier et pouvoir des citoyen.nes
- Aux échelles locales et à l’échelle nationale, nous devons exiger transparence, justice alimentaire, régulation des lobbies et soutien des modèles comme l’agro-écologie ou l’agriculture bio. Des collectifs existent qui proposent des actions, des campagnes de plaidoyer : le collectif Nourrir, Générations futures, Terres de lutte, …
- A l’échelle européenne également, la pression doit être mise en œuvre car il y a un vrai rôle de l’Europe à devoir être plus protectrice. Aujourd’hui la Politique Agricole Commune (PAC) représente chaque année 23 milliards d’euros. La France en bénéficie à hauteur de 9 milliards. Comment est-ce possible que cet argent public ne soit pas réorienté vers une production saine et durable ?
Pour elle, l’alimentation doit devenir un réel levier de lutte démocratique ; elle appelle à une mobilisation citoyenne organisée. Le Droit à l’alimentation est une question de justice sociale et environnementale. On a le droit d’exiger des politiques publiques qu’ils mettent en place une alimentation qui soit saine, choisie, durable et qui entraîne une rémunération juste pour les agriculteurs.trices. Et pourquoi les responsabilités ne sont-elles pas demandé sur l’introduction massive d’additifs, de PFAS, cadium, … C’est à l’État de protéger la santé ! (c’est une part importante des questions de sécurité, non ?)
Il y a une réelle guerre culturelle à mener.
Nous devons casser le climat d’impunités qui existe, au regard des responsabilités, des marges, … ; nous devons exiger le droit à une alimentation saine et durable ; passer par la justice (on est légitimes à faire valoir nos droits, alors que ceux qui créent ces états sont illégitimes).
Notre colère est légitime, nous devons la transformer en action, reprendre le pouvoir sur nos assiettes.
Résister, réconcilier, réinventer. Pour cela le niveau local et le niveau régional sont essentiels.
Collectivement il est possible de tenir tête et de créer les conditions du changement !
Si vous ne l’avez pas encore acheté ou lu, il se trouve dans toutes les bonnes librairies !
(Sachez que tous les bénéfices sont reversés à la lutte pour le Droit à l’alimentation)
Un second temps nous a particulièrement intéressé :
Une table-ronde qui a permis de mettre en lumière les témoignages d’acteurs associatifs :
« Quelles initiatives et expérimentations reliant santé et alimentation en région Centre-Val de Loire ? ».
Marine Carassai
(Bio Centre),
conseille les territoires et les collectivités. Elle présente le projet « Ordonnance verte du Blaisois», un dispositif accompagné par Bio Centre et Bio Solidaire, qui propose à des femmes enceintes issues de quartiers prioritaires (Blois Nord), d’être accompagnées pour faire évoluer leurs habitudes alimentaires et limiter les perturbateurs endocriniens dans leur alimentation et celui de leur nourrisson. Les mamans peuvent ainsi bénéficier de paniers de légumes bio à 2€, au lieu de 16€. Une dizaine de mamans sont aujourd’hui concernées pour un objectif de 30.
Clémence Berlingen
(Open Food Network),
explique quant à elle le travail pour aller vers une Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA), mis en place dans le cadre du Comité Local de l’Alimentation du Perche (CLAP). La mise en avant de principes pour mener l’action a été fondamentale : l’Universalité (pour toutes et tous) ; le principe de conventionnements ; des cotisations basées sur un principe d’auto-positionnement. En plus de cela, des fonds public et privés ont été sollicités au regard de la santé (via les produits de qualité), mais aussi de la santé mentale et sociale (aspect convivial de l’alimentation). Il y a en tout cas, témoigne Clémence, des leviers de pouvoirs d’actions sur le territoire, aussi bien sur l’alimentation que sur la vie sociale et démocratique.
Appolline Jeanne
(Démarche Alimentaire Territoriale du pays vendômois),
présente la démarche mise en place avec le réseau des AMAP, et la recherche de travailler avec des personnes en précarité alimentaire et en problème de santé. Aujourd’hui 14 familles sont accompagnées sur 2 AMAP pour une période de 8 à 10 mois. Au-delà de l’accès à des produits alimentaires de qualité, les personnes participent à la vie associative, pour retrouver aussi du contact avec la vie sociale (impact sur la santé mentale). Sur l’alimentaire, des ateliers cuisine sont mis en place mettant en avant l’intérêt de produits issus de l’agriculture biologique. A titre d’exemple, des pizzas sont conçues sur la base de produits issus d’un maraîcher et d’un boulanger qui fournissent les Amap, puis l’idée est de les comparer gustativement et nutritionnellement aux pizzas industrielles.
Anny Genneteau
(Projet Vrac 37),
explique la démarche VRAC à l’échelle nationale qui a pour but de favoriser le développement de groupements d’achats dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Un catalogue de produits est développé avec les habitants des quartiers prioritaires au sein d’un écosystème mettant en avant paysannes et paysans, Amap, Adear. Le travail se fait en lien étroit avec les élu.e.s locaux de Tours Métropole, les centres sociaux. Un fonctionnement solidaire se met en place et différentes catégories sociales ont accès, dont des catégories sociales supérieures, qui peuvent contribuer jusqu’à 20% supplémentaire du prix coûtant. Pour que cela fonctionne, on cherche, des produits de qualité issus de l’agriculture paysanne/biologique/équitable, à des prix bas permis grâce à la réduction des coûts intermédiaires (circuits-courts) et superflus (limitation des emballages).